Parachat Chla'h - Le secret de l'éternité du tsaddik et la faute des explorateurs

"Et il arriva jusqu'à 'Hevron" - "Caleb y alla seul et se prosterna sur les tombes des Patriarches" (Rachi 22)
Tout le peuple d'Israël avait entendu la prophétie d'Eldad et Médad : "Moïse mourra et Josué les fera entrer". Tout le peuple d'Israël avait entendu cette terrible prophétie, qui s'était répandue dans tout le camp. Eldad et Médad avaient dit : "Sachez que Moïse va mourir, dès que nous atteindrons la frontière de la Terre Sainte, notre Moïse mourra ! Et Josué sera le dirigeant et c'est lui qui fera entrer le peuple dans le pays". Tout le peuple était paniqué, saisi d'effroi, tout le peuple pleurait en disant : si nous entrons dans le pays, alors Moïse mourra !
Rabbi Nathan explique que la controverse entre les explorateurs et Josué fils de Noun était que les explorateurs prétendaient : "Nous aimons Moché Rabbeinou, nous voulons Moché Rabbeinou, nous ne le quitterons pas. Nous sommes pour Moïse, nous voulons qu'il vive et ne meure pas, nous ne voulons pas entrer dans le pays pour une seule raison : afin que Moïse continue de vivre et de nous diriger. Peu nous importe de rester dans le désert, l'essentiel est que Moïse vive".
Le saint Ari affirme dans le Chaar HaPsoukim, Parachat Chla'h Lekha, que c'était là la terrible controverse entre les explorateurs et Josué. Les explorateurs dirent à Josué fils de Noun : "Tu as bien entendu la prophétie selon laquelle Moïse mourra et Josué les fera entrer, et c'est pourquoi tu veux entrer en Terre d'Israël, pour que ton maître meure. Tu n'es qu'un assassin, tu désires simplement la mort de ton maître, tu veux hériter de ton maître, tu veux être le dirigeant". Tandis que Josué affirmait : "Moïse est vivant ! Moïse est bel et bien vivant, il n'y a jamais eu une telle chose que Moïse soit mort, Moïse ne peut pas mourir, Josué fils de Noun expliqua aux explorateurs que Moché Rabbeinou est éternel".
Le secret de l'éternité des tsaddikim
Les tsaddikim sont toujours vivants et existants, il n'y a pas de telle chose que Moché Rabbeinou soit mort, il n'y a pas de telle chose que le Rachbi soit mort, il n'y a pas de telle chose que le Ari soit mort, il n'y a pas de telle chose que le Baal Chem Tov soit mort. Les tsaddikim ne meurent jamais, Moché Rabbeinou est vivant et existant, il descend et s'imprègne dans tous les tsaddikim des générations. Moïse peut s'imprégner en chacun, plus un homme est pur et saint, plus il peut mériter la révélation de Moïse, que l'âme de Moïse s'imprègne en lui.
Les explorateurs prétendaient : "Nous aimons Moïse, nous ne renoncerons pas à Moïse, Josué veut être le dirigeant... Très bien, qu'il y aille lui-même, qu'il prenne le peuple d'Israël avec lui, nous ne laisserons pas Moïse seul, nous sommes fidèles à Moïse". Alors quelle fut ici l'erreur des explorateurs ? Rabbi Nathan explique que les explorateurs ont méprisé Moché Rabbeinou du plus grand mépris au monde.
Non seulement ils n'ont pas écouté sa voix lorsqu'il leur a dit d'entrer dans le pays, mais notre Maître dit qu'ils n'ont pas non plus cru en l'éternité de Moché Rabbeinou. Ils n'ont pas cru que Moché Rabbeinou est éternel et que ses paroles et ses conduites sont vivantes et existantes pour l'éternité, et qu'il peut s'imprégner à chaque instant en chacun. En voulant le Moché Rabbeinou vivant, en voulant que le corps de Moché Rabbeinou soit avec eux, ils l'ont matérialisé, ils ont matérialisé le concept de Moïse, ils ont réduit Moché Rabbeinou à un corps.
Le motif caché des explorateurs
Rabbi Nathan explique que lorsque les explorateurs prétendaient vouloir rester avec Moïse, ils révélaient par là tout le contraire : qu'ils attendaient le décès de Moïse. Par le départ de Moïse, ils révélaient qu'ils voulaient déjà se débarrasser de Moïse, se débarrasser des conduites exigeantes de Moïse. Moïse servait Hachem de toutes ses forces, Moïse se levait à 'Hatsot, priait au Vatikin, faisait Hitbodedout, étudiait la Torah jour et nuit, etc.
Et ils se disaient : "Restons avec Moché Rabbeinou dans le désert encore dix ans, dans le désert encore 20 ans, à la fin nous serons débarrassés de lui et alors nous pourrons nous lever à 10h ou 12h, nous profiterons de la vie, il n'y a pas le choix, souffrons encore un peu, nous sommes déjà tombés dans le piège de Moché Rabbeinou, que peut-on y faire ?" Et en vérité, ils savaient que Josué fils de Noun poursuivrait la voie de Moché Rabbeinou, les conduites de Moché Rabbeinou. Ils ne voulaient pas de Josué fils de Noun, ils voulaient Moïse, ils voulaient rester avec Moïse uniquement pour attendre son décès.
Rabbi Nathan demande : qu'a fait Caleb fils de Yéfouné ? Où était-il dans cette controverse ? Caleb s'est tu, Caleb ne savait pas qui avait raison, si Josué avait raison ou si les explorateurs avaient raison. Les explorateurs prétendent qu'ils veulent que Moché Rabbeinou vive et ne veulent pas entrer dans le pays, et ils disent que Josué fils de Noun est un assassin ! Josué fils de Noun veut entrer dans le pays et attend le décès de Moïse.
Caleb dit à Josué fils de Noun : "Josué, quelles sont ces rumeurs ? Regarde ce qu'on dit ici, 10 hommes qui sont des tsaddikim, des anciens avec de longues barbes jusqu'à terre, d'épaisses péot, regarde ce qu'ils disent de toi ? Comment n'as-tu pas peur d'entrer dans le pays, puisque Moché Rabbeinou mourra ?". Josué répond à Caleb : "Je sais que Moïse est éternel ! Moïse ne dépend pas du corps, je ne vois pas le corps de Moïse, je vois son âme. Son âme est éternelle, elle se trouve partout, elle peut s'imprégner en toi, elle peut s'imprégner dans les princes, en Eldad fils de Kislon, en Gadi fils de Soussi, en celui en qui l'âme de Moïse s'imprégnera, alors j'écouterai sa voix. S'il y a un décès, je sais qu'immédiatement l'âme de Moïse s'imprégnera en quelqu'un, car Moïse est bel et bien vivant !".
Et Caleb ne sait pas qui a raison, Josué ou les explorateurs, il se trouve entre le marteau et l'enclume, comment saura-t-il qui a raison ? Comment peut-il vérifier une telle chose ? Alors qu'a fait Caleb ? Il a voyagé à 'Hevron et est arrivé aux tombes des saints Patriarches, et là la vérité lui a été révélée. Que lui a-t-il été révélé ? Au moment où il s'est prosterné sur les tombes des Patriarches, il a vu que les Patriarches sont bel et bien vivants ! Il a vu qu'Abraham est vivant ! Qu'Isaac est vivant ! Que Jacob est vivant !
Il lui a été révélé que ce que dit Josué est la vérité : un tsaddik ne décède jamais, il ne meurt pas, le Rachbi est vivant, le Ari est vivant, le Baal Chem Tov est vivant. Il lui a été révélé qu'Avraham Avinou, 400 ans après son décès, lui parle et lui dit : Josué a raison, Moïse vivra toujours. Isaac lui dit : Moïse vivra pour toujours. Jacob lui dit : Moïse vivra pour toujours. Rabbi Nathan dit que c'est ce qui a été révélé à Caleb sur les tombes des Patriarches : que les tsaddikim ne sont pas un corps, ce n'est pas ce que l'on voit avec les yeux, le tsaddik est une âme éternelle, pour l'éternité des éternités.
Prière du pauvre - Le mérite des tsaddikim
Maître de l'Univers, veuille accepter toutes les prières redoutables que nous récitons sur les saints et redoutables tombeaux des saints Patriarches, des Prophètes, des saints Tannaïm et Amoraïm, sur lesquels seuls nous avons planté nos pieux, et sur lesquels seuls nous nous sommes appuyés, car eux seuls ont la capacité d'élever nos prières devant le Trône de Gloire, et eux seuls pourront intercéder en notre faveur devant Ton Trône de Gloire. De grâce, Toi qui es miséricordieux et compatissant, écoute la voix de notre supplication, de notre imploration, de notre gémissement et de nos cris, et sauve-nous par le mérite de ces tsaddikim en un clin d'œil, et puissions-nous mériter de voir en un clin d'œil la venue de Yinon, et la reconstruction de notre Saint Temple en un clin d'œil, Amen Netsa'h Sélah Va'ed.
À la lumière de la face du Roi - Le chemin particulier de chaque homme
Chaque homme a un chemin qui le relie au Ciel. Le chemin de l'autre n'a aucune importance. Oy, l'autre est déjà arrivé... En quoi cela te regarde-t-il ? D'ailleurs, pourquoi cela devrait-il te déranger, puisque tu dois arriver à ton propre point dans le Ciel, à ton propre palais, et lui arrive à son palais. Ce sont deux chemins totalement séparés et de toute façon, il ne peut pas te prendre ton palais. C'est le tien et c'est le sien, et Hachem a une abondance dans Son monde, et Hachem t'aime aussi et Hachem l'aime aussi, et Hachem veut qu'il ait, et s'il a, cela ne te manquera pas.
Il y a une infinité de choses à envier, et si nous identifions que nous sommes jaloux, nous allons pleurer à ce sujet : De grâce Hachem, aide-moi à me rappeler que mon chemin vers Toi est un chemin exclusif et que personne ne peut toucher à mon chemin, et que j'arriverai à Toi selon ma propre voie et au rythme que Tu me fixes, et qu'il m'est interdit de me décourager même si d'autres ont déjà beaucoup plus progressé, que ce soit matériellement ou spirituellement.
Si c'est matériellement, alors il est certain qu'il est interdit d'envier, car la matérialité est le néant absolu, ce n'est qu'un fardeau sur toute notre existence pour accomplir quelque chose. Un homme attaché à la matérialité aura des enfants attachés à la matérialité, et lorsqu'il sera plus âgé, ils ne le respecteront pas car ils ne pensent qu'à eux-mêmes, ils ont besoin de tout et si je te respecte, je n'aurai pas tout. L'homme doit faire sa part sans aucun rapport avec les autres. Faire sa part envers le Ciel.
Il doit agir sur son propre chemin, pas sur celui des autres. Il n'a pas à regarder les autres même s'ils lui semblent avoir plus de succès. Ils traversent leur propre réparation et sur leur parcours, ils sont également tenus responsables de ce dont ils doivent répondre, sur leur parcours ils ont aussi un travail terrible et redoutable, même s'ils servent Hachem depuis des générations. Chacun a un travail intérieur à accomplir, chacun a son propre chemin.
Perles sur la Parachat Chla'h
"Seulement, ne vous rebellez pas contre Hachem, et vous, ne craignez pas le peuple du pays" (Nombres 14, 9)
Rabbeinou Bakhya ben Acher fait ici la remarque suivante : de ces paroles de Josué et Caleb, nous apprenons que la crainte envers un être de chair et de sang est considérée comme une rébellion contre Hachem. Et puisque les enfants d'Israël ont exprimé de la crainte et de la peur face aux géants et aux villes fortifiées de Canaan, Josué et Caleb leur crient : "Seulement, ne vous rebellez pas contre Hachem". De même, le Roi David dit : "Hachem est pour moi, je ne craindrai pas ; que peut me faire l'homme ?" (Psaumes 118, 6). Et cela, car la foi et la confiance en Hachem béni soit-Il renforcent l'homme face à tout ennemi et vengeur, tandis que l'angoisse et la peur face à un mortel provoquent l'oubli du Créateur, et cette chose est de l'ordre de l'hérésie et de la rébellion contre le Roi de l'univers.
"Envoie pour toi des hommes" (Nombres 13, 2)
"Pourquoi la section des explorateurs a-t-elle été juxtaposée à la section de Myriam ? Parce qu'elle a été frappée pour des affaires de médisance qu'elle a prononcées contre son frère, et ces impies ont vu et n'en ont pas tiré de leçon" (Rachi)
Il semble, d'après ces paroles de Rachi, que la juxtaposition n'est pas seulement due au fait que Myriam a été frappée pour avoir dit du Lachon Hara et que les explorateurs ont été frappés pour avoir dit du Lachon Hara, mais la juxtaposition vient nous enseigner que l'accusation contre les explorateurs n'est pas seulement due au fait qu'ils ont fauté par le Lachon Hara, car tout homme, même le plus grand, peut trébucher dans la faute, et qui avons-nous de plus grand qu'Aaron et Myriam. L'accusation porte principalement sur le fait qu'ils ont vu une chose devant eux et ne l'ont pas approfondie. Ils ont vu la punition d'Hachem et ne se sont pas approfondis pour comprendre la faute qui l'a provoquée, et par conséquent, ils y ont trébuché.
Et c'est une grande exigence envers l'homme qui ne réfléchit pas à ce qui se passe sous ses yeux et n'en tire pas de leçon, il lui manque la capacité d'apprendre et c'est une lacune dans son cheminement d'élévation. Et il y a aussi en cela de l'ingratitude envers Hachem qui a donné à l'homme la capacité de penser, l'a grandi et élevé au-dessus de toute la création, et lui n'exploite pas ces forces et ces vertus qui lui ont été données par Hachem. L'homme est influencé par son environnement, chaque événement et chaque action l'influence, qu'il le veuille ou non. Chaque action peut influencer en mal ou en bien. Tout dépend de la façon dont on regarde les choses, avec quels yeux on les regarde.
Mais il est clair que si l'on voit tout sans approfondissement et sans réflexion, cela influencera certainement en mal, à Dieu ne plaise, car l'influence négative ne nécessite aucun effort, puisque la première influence s'exerce sur les forces naturelles de l'homme qui sont influencées par le mauvais côté, par les forces des désirs. Mais pour que cela influence en bien, c'est seulement si l'on s'approfondit dans la chose et que l'on veut descendre à la racine de la chose et à son essence. Car il faut influencer les forces de son âme, il faut atteindre l'intériorité de son âme et la racine de son âme. (HaGaon Rav B. Sorotzkin, manuscrit).
Histoires sur la Paracha - Le Gaon de Vilna
"Et vous le verrez"
Le troisième jour de 'Hol HaMoëd Souccot, le Gaon Rabbi Élie de Vilna sentit que l'heure de son départ de ce monde était proche. Et bien qu'il ressentît à ce moment-là une extrême faiblesse, il saisit avec le reste de ses forces les quatre coins de ses tsitsit, et dit : Il est écrit dans notre sainte Torah : "Et vous le verrez et vous vous souviendrez de tous les commandements de Hachem", et nous avons appris dans le Talmud de Jérusalem, traité Berakhot (1, 2) : "Et vous les verrez" n'est pas écrit ici, mais - "Et vous le verrez" (Hachem) - pour dire que quiconque accomplit la mitsva des tsitsit, mérite de voir la face de la Présence Divine au moment de son décès.
Le Gaon éclata en sanglots amers, et ses lèvres murmurèrent : Combien m'est difficile la séparation de ce monde-ci. Car, pour le prix de quelques centimes (le prix d'un "petit tsitsit"), un homme mérite d'accueillir la face de la Présence Divine, tandis que dans le monde de Vérité, vers lequel je passe maintenant, même si l'homme mobilise toutes ses forces, il ne pourra pas obtenir la récompense de la mitsva d'un "petit tsitsit" de ce monde-ci.
"Et vous ne vous égarerez pas à la suite de votre cœur et à la suite de vos yeux"
Nos Sages disent : "Les yeux voient, le cœur désire et les organes d'action achèvent..." (C'est ainsi que l'on en vient à la transgression en pratique). Et par conséquent, l'homme doit baisser les yeux vers le bas. Et cela, comme l'a fait allusion la sainte Torah (Genèse 38, 21) : "Où est la prostituée (Kedecha) qui était à Enaïm (aux yeux) sur le chemin ?" - Où se trouve la sainteté (Kedoucha) de l'homme ? - "Elle est dans les yeux sur le chemin", lorsqu'il garde ses yeux sur le chemin...
Il est raconté au sujet du Gaon Rabbi Élie (que le souvenir du tsaddik soit béni), qu'une fois un jeune homme de la Yéchiva s'approcha de lui, et lui demanda la permission de voyager pour le mariage de son proche. Rabbi Élie lui demanda : "Sais-tu si la pudeur y sera respectée, et s'il n'y aura aucun mélange d'hommes et de femmes ?" Le jeune homme commença à bégayer, et dit : "Mon père, ma mère et moi nous assoirons à une table séparée, et à moi, cela ne me fera aucun mal...". Rabbi Élie fut bouleversé en entendant les paroles de l'élève, et lui répondit immédiatement : "J'ai déjà plus de quatre-vingts ans, et d'un œil je suis aveugle, et malgré cela, quand je passe dans la rue, je suis rempli de peur, de crainte de trébucher par un regard interdit. Et toi, jeune homme, avec tes deux yeux de chair tu me dis 'à moi cela ne me fera aucun mal...' ?!"
Il n'y a pas de telle chose que Moïse meure, le tsaddik est vivant et existant, Moïse pourra s'imprégner en chacun, il est vivant et existant, il descend et s'imprègne dans tous les tsaddikim des générations, les tsaddikim ne meurent pas, il n'y a pas de telle chose que le Rachbi soit mort, il n'y a pas de telle chose que le Ari soit mort, il n'y a pas de telle chose que le Baal Chem Tov soit mort.